Entamée chaque année par la Fête du printemps et clôturée par la célébration des lanternes, cette période festive est une véritable pause dans la frénésie du premier pays manufacturier du monde. La tradition veut que la quasi-totalité des innombrables usines du pays soit mise à l’arrêt. Une trêve qui ne concerne pas que la Chine.
Sur les mers et les océans de notre planète, certains cargos disparaissent pendant plusieurs semaines.
Les usines sont à l’arrêt. Les ports sont à l’arrêt. Alors où vont les bateaux ? Eh bien, ils restent au port, à l’ancre, voyagent légers ou tentent d’aller vers des contrées qui continuent de travailler.
« Le pays est littéralement à l’arrêt, car les ouvriers rentrent chez eux », explique Frédéric Mercier. A la tête de la société de transport Mathez Freight, le Français connaît parfaitement cette période creuse, sorte de pause dans l’inarrêtable flux logistique mondial. « Les vrais professionnels du secteur le savent et ils anticipent. C’est pour cela qu’on assiste à une peak season [saison haute] avant chaque Nouvel an. Les entreprises se pressent pour se faire livrer ou expédier leur marchandise avant que tout ne s’arrête. »
Le nombre de conteneurs acheminés vers l’Europe baisse de 60 % pendant cette période de fête.
Selon le directeur de l’Isemar, le ralentissement se fait en trois phases. « D’abord un fort ralentissement de la production, puis un coup de frein sur la logistique et enfin un impact sur le trafic maritime. On vide les océans d’une partie des bateaux. C’est quasiment un effondrement. »
Sur son site, le géant Alibaba prévient les acheteurs que les perturbations démarrent « dix à quinze jours avant le Nouvel an » et peuvent s’étaler « jusqu’à deux semaines » après cette période de fête.
Avant cette mise à l’arrêt, les Européens font donc tout ce qu’ils peuvent pour anticiper cet arrêt et faire tourner au maximum leur carnet de commandes. « En général, on monte les stocks pour pouvoir faire ça. Le trafic est accéléré avant et après. Et pendant la période, on assiste à des blank sailings, c’est-à-dire que les compagnies maritimes annulent certaines rotations. Il n’y a pas que le maritime. Le Nouvel an lunaire a aussi un impact sur le fret aérien et ferroviaire. On ne peut pas tout arrêter mais on peut le réduire », assure Frédéric Mercier, de la société de transport Mathez Freight.
Et pour ceux qui oublient ?
La quasi-mise à l’arrêt du fret maritime peut avoir de lourdes conséquences pour tous ceux qui ne l’anticipent pas. Si un constructeur automobile n’a pas commandé assez de cartes électroniques pour assembler ses voitures, il lui faudra payer très cher pour s’offrir quelques exemplaires. Ou bien il faudra patienter. Mais attention. Si votre marchandise reste en carafe dans un port déserté, vous serez chargé d’éponger des pénalités de gardiennage appelées « surestaries ».

